A 1h30 de Séoul en train, Jeonju est une ville touristique très dynamique, capitale de la province de Jeollabuk-do. Connue pour son bibimbap et son village de hanok, la ville abrite en son sein de nombreux bâtiments traditionnels. Je vous propose une visite du sanctuaire Gyeonggijeon, site historique n°339, l’un des symboles de la dynastie Joseon.

Vue aérienne du sanctuaire Gyeonggijeon, à Jeonju. @DR

Le roi Taejo

Pourquoi un symbole? Tout simplement parce que ce lieu saint a été construit dans le seul but de conserver le portrait du fondateur de la dynastie Joseon, le roi Taejo (1335-1408). Malgré la brièveté de son règne (six ans, de 1392 à 1398), la dynastie Joseon, elle, a perduré près de cinq siècles! Les ancêtres de Taejo étaient originaires de Jeonju. Avant de prendre le pouvoir par un coup d’état, ce général dont le vrai nom est Lee Seong-Gye était connu pour avoir bouté hors du territoire les derniers Mongols qui s’y attardaient, et pour avoir gagné quelques batailles contre des pirates japonais. Soutenu par la dynastie chinoise des Ming au moment où la cour royale de Goryeo se divisait en deux factions rivales, Taejo renversa le gouvernement en place et prit les rênes du pouvoir. Cette décision capitale pour l’avenir de la Corée méritait bien qu’on lui dédie un sanctuaire, d’autant que le portrait qui y est exposé est le seul qu’il reste de ce personnage illustre. En fait ce n’est pas tout à fait vrai, il existe bien un autre portrait de lui, plus jeune. Mais il est conservé au sanctuaire Junwonjeon dans la ville de Yeongheung en Corée du Nord. On peut donc difficilement le contempler.

Le roi Taejo (détail)

Une architecture unique

Gyeonggijeon fait partie des sites touristiques incontournables à Jeonju. L’enceinte et les bâtiments du sanctuaire sont célèbres en Corée : ils ont effet abrité les lieux de tournage de plusieurs dramas historiques (Goong, Dragon’s tears, Moonlight drawn by clouds) et de deux films (Masquerade et My way). La disposition des bâtiments a beaucoup changé depuis 1410, date de la première construction. Incendiés durant l’invasion japonaise de 1597, ils ont d’ailleurs été reconstruits à partir de 1614, et une annexe a remplacé le pavillon des archives en 1676, avant d’être elle-même démolie. Puis un deuxième sanctuaire, Jogyeongmyo, a été construit en 1771. Enfin le musée des portraits royaux a été inauguré en 2010. Tous ces changements font du sanctuaire un endroit assez unique, un peu labyrinthique, et ce qui était autrefois à l’ouest se retrouve parfois aujourd’hui à l’est. C’est assez étonnant, avec des espaces parfois très arborés, avec ces fameux pins tortueux si caractéristiques de la Corée, ou au contraire parfois très ouverts sur la ville.

“Les pins sont les symboles de l’âme du peuple coréen” (Bae Bien-U)

Les portes d’accès à Gyeonggijeon

Il existe deux accès à Gyeonggijeon. Je vous conseille de prendre l’entrée principale située au sud, sur la rue Taejo-ro, car à l’est, on arrive sur une petite esplanade arborée relativement déserte et c’est un peu déroutant. Devant la première porte, vous pouvez admirer Hamabi, une plaque en pierre supportée par deux bêtes à l’air féroce, sur laquelle est gravée une inscription enjoignant tout visiteur à descendre de cheval pour pénétrer dans l’enceinte du sanctuaire. Pour atteindre la salle principale, il vous faudra passer par trois portes, dont Hongsalmun, avec ses deux poteaux rouges ronds et ses deux barres transversales sur lesquelles se trouve un trident et un Taegeuk (le yin et yang rouge et bleu que l’on retrouve sur le drapeau national et le logo de Sous le ciel de Corée). Ce type de porte est fréquent en Corée du Sud sur les sites confucéens et les institutions éducatives de la dynastie Joseon.

La porte Hongsalmun.

La salle principale, trésor national n°1578

Le chemin pavé qui mène à la salle principale est, comme souvent, celui qu’empruntaient le roi ou les esprits. Il ne faut donc pas marcher dessus. Entrez par la droite, c’est-à-dire par là où le soleil se lève, et ressortez par la gauche, là où il se couche. Mais avant, prenez le temps d’admirer les détails de l’architecture, comme ces tortues sur le fronton: cette espèce aquatique protège le bâtiment du feu. Il le faut bien, car il renferme le portrait du roi Taejo ! Celui-ci est relativement abîmé et il est plus aisé d’admirer sa copie placée dans le musée (voir plus bas).

L’architecture de la salle principale de Gyeonggijeon.

Sur la gauche du hall principal (à droite en sortant), vous entrez dans un espace très ouvert avec des murs assez bas, qui renferme plusieurs petites dépendances, toutes destinées à organiser les cérémonies religieuses: Jeonsacheong possède trois pièces qui servaient à préparer les plats; à l’arrière Jobyungcheong était l’endroit où l’on réalisait les gâteaux de riz et les pâtisseries à base de miel. Un moulin se trouvait dans les deux pièces du bâtiment dit Yongsil. Dans le carré suivant, on découvre Dongjae et Seojae, lieux d’administration du sanctuaire. Les officiels du gouvernement laissaient leurs chevaux au niveau du petit bâtiment Macheong, à l’avant de Seojae, tandis qu’à l’arrière de celui-ci, Jaejigo servait de lieu de stockage de la vaisselle ayant servi aux commémorations des ancêtres. Enfin le dernier carré se compose de Subokcheong, utilisé par les commis de niveau inférieur (Subok) et la centaine de “pompiers” de l’époque (Geumhwagun), et de Gyeongdeokheon, le bureau du chef des gardiens des portes.

Gyeongdeokheon.

Une des portes d’entrée aux dépendances.

L’allée des bambous, véritable “spot” photographique du sanctuaire Gyeonggijeon. C’est là en effet que Ra-On rencontre pour la première fois le prince héritier dans “Moonlight drawn by clouds“.

Jeonjusago

Le très beau Jeonjusago, avec sa façade turquoise et ses piliers rouges, abritait autrefois les archives historiques et les annales de la dynastie Joseon (Joseon wangjo sillok). Ces annales consistent en 1893 volumes couvrant 472 ans de l’histoire de la Corée et sont classées trésor national n°151. En 1997, elles ont aussi été placées par l’UNESCO au Registre de la mémoire du monde.

Les annales ont d’abord été placées dans des temples avant d’être stockées à Jeonjusago, créé pour l’occasion en 1493. Elles ont pu être sauvées lors de l’invasion japonaise de 1592 grâce à la présence d’esprit de lettrés qui les déplacèrent régulièrement dans des endroits sûrs. Après la guerre, plusieurs copies ont été réalisées et les originaux de Jeonju sont désormais conservés à l’Université de Séoul, en format numérique. Le gouvernement est en train de les traduire en anglais, mais ce travail sera achevé en… 2033!

Le sanctuaire Jogyeongmyo

Ce sanctuaire dans le sanctuaire conserve les tablettes mortuaires de Lee Han, le fondateur de la famille Lee de Jeonju, et de celles de sa femme. Lee Han était un officiel en charge de la construction et de la réparation des murs de la capitale de Silla, et sa femme était originaire de Gyeongju. Le roi Taejo est son 21ème descendant.

Jogyeongmyo a été construit en 1771 à la demande expresse du roi Yeongjo, afin de consolider l’autorité de la famille royale. Dans la carte historique ci-dessous, on voit bien que ce sanctuaire a été pensé indépendamment de Gyeonggijeon: il se trouve au-dessus, dans une enceinte délimitée qui lui est propre. Je n’ai pas pu le visiter car les portes étaient closes. Mais l’espace intérieur est relativement semblable, avec des dépendances administratives et des annexes pour les gardes. Un des bâtiments qui servaient aux rites ancestraux, nommé Jaesil, fut la dernière résidence de la princesse Lee Mun-Yong, fille de l’empereur Gojong, emprisonnée pendant dix ans pour des délits politiques qu’elle n’avait pas commis. Après son long séjour en prison, elle utilisa ses dons pour les travaux d’aiguille pour survivre dans des conditions difficiles.

@DR

La porte Hongsalmun du sanctuaire Jogyeongmyo.

Le musée des portraits royaux

Le musée des portraits royaux (Eojin bangmulgwan) est un bâtiment très récent puisqu’il ne date que de 2010 (c’est celui que l’on voit au fond à gauche sur la vue aérienne du début de l’article). Sur deux niveaux, dont un en sous-sol, il a été construit pour valoriser les biens culturels de la dynastie Joseon mais également pour mettre en place des expositions dédiées, afin d’améliorer l’offre touristique de Jeonju. Au rez-de-chaussée, on retrouve la copie du portrait du roi Taejo que l’on peut admirer derrière une vitre de protection. Cette copie, réalisée par huit peintres en 1872 pour remplacer l’original trop usé, est en elle-même un original. Il existait en effet trois méthodes pour peindre les rois : Dosa, c’est-à-dire du vivant du roi; Chusa, réalisé après la disparition du roi selon une description de son apparence; et enfin Mosa, par copie d’un original en vue de le remplacer. Dans tous les cas, la technique utilisée est assez unique : les pigments sont appliqués de sorte qu’ils coulent progressivement de l’arrière à l’avant de la toile.

La salle du rez-de-chaussée du musée des portraits royaux, où se trouve l’unique représentation connue du roi Taejo @Myu-Ri

Dans ce portrait en longueur, Taejo porte le costume officiel de la royauté. Il était connu pour être grand et posséder de grandes oreilles, ce que le tableau met bien en évidence.

Le vêtement du dragon (gollyongpo 곤룡포) était porté par les rois de Goryeo et Joseon. Le dragon de Taejo possède cinq griffes.

Au sous-sol, quatre salles présentent des expositions permanentes ou temporaires. Dans la galerie des portraits royaux, on trouve ceux des rois Sejong (1418-1450), Yeongjo (1724-1776) et Cheoljong (1849-1864), ainsi que des empereurs Gojong (1864-1897) et Sunjong (1907-1910).

Dans une salle attenante, la procession des palanquins permet de revivre l’immense parade composée de trois cent hommes qui, pendant sept jours, firent le voyage entre Séoul et Jeonju pour y déposer le portrait de Taejo. L’incroyable reconstitution est faite à base de poupées de papier de mûrier.

Reconstitution de la parade qui permit de déplacer le portrait du roi Taejo de Séoul au Gyeonggijeon de Jeonju @Myu-Ri

La salle historique met en avant des trésors du musée d’histoire de la ville de Jeonju. On peut en apprendre davantage sur la construction de Gyeonggijeon, son fonctionnement, les rituels célébrés sur place, mais aussi sur les autres lieux de Jeonju en lien avec la dynastie Joseon, comme la porte Pungnammun, les pavillons Omokdae et Imokdae, etc. La salle d’expositions temporaires propose deux fois par an des présentations autour des portraits royaux.

La visite de Gyeonggijeon permet une véritable plongée dans l’époque de la dynastie Joseon. Jeonju est une très jolie ville que je vous invite fortement à découvrir lorsque vous irez en Corée.

Pour vous y rendre :

Prenez le bus n°79 ou n° 119 depuis la gare de Jeonju et descendez à l’arrêt “Hanok Village”, marchez ensuite environ 100 mètres.

Le sanctuaire est ouvert de 9h à 19h. Il ferme une heure plus tard à 20h de juin à août et une heure plus tôt à 18h de novembre à février.

Les frais d’admission s’élèvent à 3000 wons par adulte (2,40 euros), 1000 wons (80 centimes) pour les enfants. L’accès est gratuit certains jours fériés de l’année: 1er janvier, Seollal, 1er mars et le dernier mercredi de chaque mois.

Un audioguide sous forme d’application Iphone ou Android est disponible en scannant un QR code sur le site. Il vous sera très utile pour vous repérer dans les lieux, en plus de vous offrir des informations complémentaires détaillées.

Bonne visite !

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