La maison traditionnelle coréenne, ou hanok, se présente sous différents aspects. Tous les hanok ne se ressemblent pas, même si nous avons l’impression qu’ils sont tous identiques. On peut en effet les classer selon différentes catégories, en fonction du rang social, du type de toit, des matériaux utilisés, de la configuration de la maison ou encore de la région.

La construction d’un hanok suit plusieurs règles, comme je l’ai expliqué dans l’article «Comment est construit un hanok». Sa construction et son savoir-faire repose à la fois sur les croyances des Coréens en matière d’emplacement, et sur l’expertise de ses artisans. En regardant de plus près, le hanok suit également certaines règles imposées par les plus hautes autorités du pays et la réalité du terrain.

Régulation et superficie : une affaire de rang

Durant la dynastie Joseon (1392-1910), la superficie maximale d’un terrain et de son habitation était régulée en fonction du rang social occupé par le chef de famille: celle-ci ne devait pas excéder tant de kan (unité de mesure entre deux piliers équivalent à 1,80 – 2 mètres de distance). Cette régulation était imposée à toutes les classes sociales par le souverain, qui était le seul à pouvoir posséder la plus grande superficie pour son terrain et la construction de ses palais. Cette règle s’appliquait même aux différents membres de la famille royale. En effet, les enfants issus de la première épouse du roi pouvaient bénéficier d’une superficie plus grande que les enfants des épouses suivantes. Mais dans les faits, cette règle n’était pas scrupuleusement suivie. Elle était même très souvent contournée, quelle que soit la classe sociale. Les régulations sur les hanok ne concernaient pas uniquement la superficie du terrain et de son habitation, mais également l’architecture et la décoration. Le lieu d’habitation était en effet un signe extérieur de richesse.

Forme du hanok : une spécificité régionale

La forme du hanok dépend de la région et du climat dans lequel celui-ci est construit. Les hanok présentent différentes formes.

Les constructions en forme de ᄆ étaient privilégiées dans le nord de la péninsule et dans les régions montagneuses. Cette construction fermée permettait à ses occupants en hiver de se protéger du climat glacial et rude. Tandis que le centre de la péninsule présentait des constructions de formes variées: ᄆ, ᄀ ou ᄃ. Avec un climat plus clément, le sud de la péninsule présentait des hanok de type —. La maison était ouverte.

Toutes ces formes de maisons n’étaient pas figées et pouvaient évoluer avec l’ajout de pièces ou bâtiments supplémentaires, ce qui pouvait changer la forme générale de la maison. Une maison en forme de — pouvait par exemple devenir une maison en forme de ᄀ avec l’ajout d’un bâtiment supplémentaire.

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Des formes différentes parmi les hanok du village de Yangdong (maquettes) @Myu-Ri

L’habitat des familles aisées : le toit en tuiles

Le type de hanok à construire était lié à la classe sociale, aux moyens financiers du foyer, aux matériaux disponibles et au climat. Les familles aisées pouvaient se permettre de faire construire un hanok avec des tuiles en argile. Ce type de toit est lourd à supporter par la structure de la maison et couteux. Seules les maisons les plus aisées pouvaient se permettre ce luxe. De plus, les familles les plus riches pouvaient disposer de nombreux bâtiments avec différentes pièces au sein de leur propriété. Les bâtiments étaient organisés par fonction ou utilisation : il y avait des pièces séparées pour les hommes, les femmes, les enfants et les domestiques. D’autres servaient au sanctuaire dédié aux ancêtres, aux animaux, à la salle d’eau ou encore à la cuisine.

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L’habitat du reste de la population : une diversité de matériaux

Le type de hanok du reste de la population était très diversifié, du fait que les matériaux disponibles selon les régions étaient variés, et que le choix des matériaux dépendait également des moyens financiers des familles.

Le toit de paille

La paille utilisée pour le hanok en toit de paille provenait de la paille de riz, de roseau ou d’eulalie, facilement disponible et accessible dans la nature ou dans les cultures. Ces matériaux sont étanches, légers et lisses, ce qui permet à l’eau de pluie d’y glisser aisément. L’intérieur de la paille étant creux, cela permet une bonne isolation autant en hiver qu’en été. Selon la nature de la paille et de son état général, le toit pouvait être remplacé ou rénové régulièrement.

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Le toit de planches en bois ou pierre

La maison de planches en bois ou pierre est un autre type d’habitat présent en Corée. Le bois utilisé provenait essentiellement de l’écorce et des planches de pins mais le chêne fournissait également certaines maisons. Ces maisons en bois étaient principalement situées dans les régions montagneuses. Les reliefs montagneux rendaient le transport de matériaux difficiles. C’est pourquoi les maisons étaient faites de bois et de pierre.

Les planches de bois étaient empilées les unes sur les autres et les unes à côté des autres, comme sur un toit en tuiles. On n’ajoutait pas d’enduit pour les relier les unes aux autres. Cela ne pose aucun problème d’isolation ou d’étanchéité, car le bois est un matériau organique qui peut changer selon différentes conditions. En cas de pluie, le bois se gorge d’eau et gonfle, ce qui permet de réduire et de boucher les espaces entre les planches. Lorsqu’il fait beau, le bois se rétracte, les espaces s’ouvrent entre les planches et laissent passer l’air et la lumière. On peut également poser de lourdes pierres ou des bûches sur le toit en bois, afin de le protéger du vent.

Pendant la guerre de Corée (1950-1953), les gens contraints à se déplacer ont trouvé refuge dans ce type d’habitation, dans les lieux reculés ou à la montagne.

Arari Village @Republic of Korea / Flickr

Arari Village @Republic of Korea / Flickr

Le hanok urbain et moderne

Avec l’augmentation de la population urbaine à partir du début du XXème siècle et des projets d’urbanisme pendant la période coloniale japonaise (1910-1945), l’espace disponible pour la construction devenait limité, favorisant l’augmentation des hanok en forme de ᄆ, avec en leur centre une cour intérieure et un toit en tuiles. Il est actuellement possible de visiter des hanok de cette époque à Séoul, dans le quartier de Bukchon.

Aujourd’hui, les hanok font toujours partie du paysage coréen, mais en nombre réduit. Certains propriétaires actuels les modernisent et en font des demeures à l’apparence traditionnelle, mais avec tout le confort et les aménagements modernes à l’intérieur. L’ouvrage de Nani Park, “Hanok : the Korean House”, en présente quelques-uns. Entièrement en anglais, il est illustré de magnifiques photos et présente une biographie de chacun des propriétaires de ces hanok modernes.

@Tuttle publishing

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Pour vous le procurer :

Hanok, The Korean House / Nani Park
Tuttle Publishing, 2015
ISBN : 978-0-8048-4467-3
176 pages
20,97 dollars

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