Cathédrale de Myeongdong au début du 20ème siècle

Jeudi 14 août débutera le voyage du Pape François en Corée du Sud. Cinq jours pendant lesquels il célébrera plusieurs messes, assistera à un festival catholique, rencontrera les étudiants ayant survécu au naufrage du Seawol et béatifiera 124 martyrs chrétiens des 18ème et 19ème siècles.

Si l’on exclut les messages politiques d’une telle visite (conflits sociaux, femmes de réconfort pendant la guerre, réconciliation avec le Nord), pourquoi ce voyage est-il si attendu par les fidèles sud-coréens ? Que représente la religion catholique dans la péninsule ? Comment le catholicisme est-il parvenu à s’introduire dans la société coréenne, se plaçant au troisième rang des groupes religieux derrière le bouddhisme et le protestantisme ?

Les études occidentales

C’est au 18ème siècle que des lettrés coréens commencent à manifester un intérêt pour les “études occidentales”, à travers les textes de Matteo Ricci, l’un des premiers jésuites italiens à avoir pénétré en Chine. Ce dernier soutenait que le “Souverain d’en-haut” des textes de Confucius était précisément le Dieu des catholiques, œuvrant ainsi à propager la Foi. En 1779, ces lettrés, parmi lesquels Kwon Cheol-shin et Lee Byeok, initient toute une série de rencontres au temple Chuo et à l’ermitage Cheonjinam: afin d’éviter toute controverse, ils n’abordent pratiquement pas la question de la religion, mais leurs discussions permettent d’introduire progressivement les idées occidentales et au-delà, un nouveau système de pensée incluant une nouvelle religion.

Fondation de l’église catholique en Corée

Lee Byeok a profondément influencé son ami Lee Seung-hun, considéré comme le fondateur de l’église catholique en Corée. Ce dernier est baptisé en Chine en 1784 à l’âge de 27 ans, sous le nom de Pierre. L’année suivante, de retour en Corée, il accomplit avec ses proches les premiers rites catholiques dans le quartier de Myeongrye à Séoul, sur le site de l’actuelle cathédrale de Myeongdong.

La cathédrale de Myeongdong à Séoul, construite en 1898.

Dans la clandestinité

Le catholicisme se répand vite dans les autres provinces, mais très vite aussi les premières persécutions apparaissent et la communauté doit agir dans la clandestinité, mettant en place une pseudo hiérarchie ecclésiastique désapprouvée par l’évêque de Pékin. La Chine tente d’envoyer un missionnaire en 1790 mais doit renoncer après que plusieurs nobles aient été décapités. Ce n’est qu’en 1974 que le premier prêtre catholique d’origine chinoise, Cho Wen-mo, parvient à entrer secrètement dans la péninsule. Toutefois une nouvelle persécution éclate en 1801 et jusqu’au début des années 1830, le développement de l’église catholique se fait dans la douleur. En 1831, le Pape Grégoire XVI érige la Corée en vicariat apostolique et le premier évêque français, Barthélemy Bruguière, s’y installe en 1836.  Mais les persécutions se poursuivent jusqu’en 1866, causant la mort de plus de 10000 catholiques. La France va jusqu’à ordonner une expédition punitive, menée par le contre-amiral Roze. La Corée se voit imposer à la fin du 19ème siècle différents traités de commerce avec les pays occidentaux et le pays finit par s’ouvrir et instaurer la liberté religieuse.

Les catholiques aujourd’hui

Les catholiques de Corée ont à nouveau été persécutés pendant l’invasion japonaise mais l’église a continué à se développer, passant de un à neuf diocèses, sans pour autant chercher à promouvoir son mouvement et son rôle dans la société coréenne moderne. 11% de la population coréenne se déclare aujourd’hui catholique (contre 22% de bouddhistes et 18% de protestants) et les nouveaux convertis, chaque année plus nombreux, appartiennent plutôt à la classe moyenne supérieure. La visite du pape devrait donc largement contribuer au développement futur du catholicisme en Corée du Sud.

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