Partir vivre en Corée du Sud, c’est un rêve pour beaucoup de jeunes gens. Les candidats au départ sont chaque année plus nombreux, et le pas est souvent franchi grâce au PVT, le fameux visa vacances-travail. D’autres ont trouvé un emploi à Séoul, et ont choisi de s’installer dans la capitale sud-coréenne.

L’interview qui suit retrace le parcours d’Anthony, l’un de nos amis français installé en Corée du Sud depuis quatre ans. Anthony a été notre tout premier partenaire, à l’époque où le blog s’appelait encore Chinccha?. Il tenait lui-même un blog sur l’apprentissage du coréen pour le niveau intermédiaire. Malheureusement, ce site n’existe plus :-(. Il nous explique pourquoi après.

Anthony nous a écrit un article très intéressant sur les “sept applications indispensables lorsque l’on vit en Corée“. Et même si depuis, de nouveaux acteurs ont fait leur apparition, ces applis existent encore et sont toujours aussi indispensables. N’hésitez pas à lire l’article en question si vous envisagez de vivre en Corée du Sud !

Pour être honnête, cette interview a été faite au mois de janvier dernier. J’ai pris beaucoup de temps pour la rédiger. Je m’en excuse auprès d’Anthony, lui qui avait si gentiment accepté cet échange. Et je le remercie infiniment de bien vouloir partager avec nous son expérience en Corée du Sud.

Je pensais rédiger cet article différemment, mais l’exercice m’a paru difficile. Au final, la simplicité, il n’y a rien de mieux :-). L’interview prend donc la forme de simples questions-réponses. Bonne lecture !


Bonjour Anthony, raconte-moi ton parcours. Comment es-tu arrivé en Corée du Sud, et pourquoi ?

Je suis arrivé en Corée en 2010, en tant qu’étudiant en échange. Au début, je n’étais pas intéressé par la Corée, je voulais aller au Japon. Mais mon université n’avait pas de programme d’échange avec les universités japonaises. La destination la plus proche était la Corée du Sud. Je ne connaissais rien de la Corée, et je me suis dit pourquoi pas, c’est une nouvelle aventure ! Et voilà, c’est comme ça que je suis arrivé ici.

Je ne suis resté qu’un semestre. Et ensuite, je suis parti pendant trois ans à Singapour pour travailler. Puis je suis revenu trois ans plus tard en VIE (nb : volontariat international en entreprise). J’avais trouvé une offre de VIE à Séoul, et c’est comme ça que je suis revenu.

Que fais-tu à Séoul maintenant ?

Depuis quatre ans que je suis revenu, je suis ingénieur informatique.

Concernant la vie en entreprise, comment s’est passée ton arrivée ? Est-ce que tu as eu des journées d’intégration, des cours sur la culture coréenne ?

Non, pas du tout. Ma première entreprise ici était une entreprise française, qui a été rachetée ensuite par une entreprise coréenne. Du coup, on avait des bureaux à Paris, à Séoul et à San Diego. J’étais basé à Séoul et je correspondais avec les bureaux à Paris, mon projet étant directement en lien avec la France. Mes deux premières années en Corée, je n’ai pas vraiment travaillé avec des Coréens. J’étais vraiment isolé sur mon projet. Au niveau boulot, il n’y avait pas vraiment de problème. Les gens étaient sympas, assez avenants. Ils venaient vers moi pour me proposer d’aller manger, prendre un café, surtout les Coréens qui voulaient parler et progresser en anglais.

J’ai connu d’autres entreprises, dont une grosse entreprise coréenne, une startup qui a bien grandi maintenant. Là-bas aussi, il n’y a pas eu de problème, car pas mal d’étrangers y travaillent.

En fait, je n’ai jamais vraiment eu de problème d’intégration. Toutes les entreprises m’ont proposé des cours de coréen, c’est très appréciable.

Est-il facile de se faire des amis en Corée du Sud ?

Je pense que tout dépend de ta personnalité. Certaines personnes ont une personnalité plus ouverte, propice à adopter d’autres cultures. Il y a ça, et il y a aussi les Coréens qui veulent sortir avec des étrangers. Il y en a beaucoup, donc c’est facile de se lier d’amitié avec eux.

Sinon, le coréen, ça aide, parce qu’il n’y a pas beaucoup de locaux qui maîtrisent vraiment l’anglais. Ils parlent suffisamment pour communiquer, mais pas confortablement. Alors, si tu parles coréen, ça aide. Surtout à comprendre l’humour, parce qu’il y a un certain humour coréen qui ne se transmet vraiment qu’à travers la langue.

C’est assez étrange, parce que dans mes deux premières entreprises, je me suis fait des amis très proches avec qui je garde contact. Dans mon entreprise actuelle, je trouve que c’est plus dur de se faire des amis. Ça dépend vraiment des gens, je pense.

Comment s’est passé ton apprentissage de la langue coréenne ? Tu as d’abord pris des cours en entreprise ?

Alors en fait, j’ai commencé à l’université. Mais c’était vraiment les bases : annyeonghaseyo, apprendre à lire des choses qui ne te servent pas (si, tu sais lire les panneaux, mais en fait tu ne sais pas ce que ça veut dire ;-)).

J’ai vraiment commencé à apprendre quand je suis arrivé en Corée, tout seul avec des bouquins. C’était dur d’étudier seul, alors j’ai fait beaucoup d’échanges linguistiques. Tu rencontres un Coréen, et pendant une heure, tu parles coréen. Puis pendant une heure encore, tu parles anglais ou français. J’ai souvent fait ça au début, mais ça prend beaucoup de temps, au minimum trois ou quatre heures.

Tu faisais ça en groupe ou individuellement ?

Je faisais ça individuellement. J’ai quand même un peu progressé grâce à ces échanges. Puis j’ai rencontré mon ex-copine coréenne, et là, j’ai vraiment pu m’améliorer, parce qu’elle ne parlait pas anglais. J’ai aussi beaucoup progressé grâce aux cours en entreprise. Maintenant, je parle assez bien la langue pour ne parler qu’en coréen avec mes amis coréens.

Il y a une chose qui aide aussi beaucoup, c’est de participer à des activités, des clubs ou des associations. Ainsi, tu rencontres plein de Coréens. Tu n’es pas obligé de prendre des cours de langue, tu peux suivre des cours de danse, de yoga… Ça peut être sympa aussi.

As-tu déjà pris des cours de coréen dans des universités ou des hagwon ?

Je ne suis jamais allé en hagwon (nb : institut privé d’enseignement). J’ai juste pris des cours en entreprise, et dans mon école d’ingénieur aussi.

Quels seraient tes autres conseils pour apprendre le coréen ?

Essayer de regarder beaucoup de contenus différents. Je lisais beaucoup de Webtoons (nb : des manhwa publiés en ligne), donc lire des articles, des choses qui t’intéressent. Des choses sur la Corée que tu ne peux trouver qu’en coréen, ainsi tu n’es pas tenté de chercher en anglais.

Que penses-tu de l’intérêt de parler le coréen et de passer le TOPIK pour trouver un job ou s’installer en Corée ?

Ça dépend de ton travail. Pour un ingénieur informatique, il y a quelques entreprises pour lesquelles connaître le coréen n’est pas un critère d’embauche. Pour les jobs où tu dois parler avec la clientèle, c’est très difficile et il faut pouvoir parler couramment. Le TOPIK, je crois qu’ils ne connaissent pas vraiment, c’est inutile à mon avis. C’est juste pour soi. C’est comme le TOEIC et le TOEFL : aux États-Unis, tu leur parles de ça, ils s’en fichent, ils ne connaissent pas.

Concernant la langue coréenne, tu as tenu un blog quelque temps. Peux-tu nous en parler ?

J’avais commencé un blog qui s’appelait « Apprendre le coréen ». C’était pour moi une façon de synthétiser ce que j’avais appris, et de partager cela avec des gens qui voulaient apprendre le coréen. J’avais trouvé qu’il n’y avait pas beaucoup de bons contenus en français pour apprendre le coréen. Il y avait beaucoup de choses que j’avais appris pendant mes cours ou naturellement, simplement en parlant, des choses que je n’avais pas du tout retrouvé sur Internet. Je voulais partager ça.

Mais j’étais très occupé par mon travail, et j’avais un peu perdu la motivation, car pendant un an, je n’ai plus appris le coréen. Et même si j’ai recommencé maintenant, je n’ai pas vraiment le temps de maintenir un blog. C’était amusant de lire les commentaires, mais c’est très long d’écrire des articles…

métro à Séoul

Depuis que tu es à Séoul, tu as rencontré des difficultés particulières, des moments de doute qui t’ont fait penser rentrer, ou repartir dans un autre pays ?

Des moments de doute ? Non, pas vraiment. Des difficultés, bien sûr. Il y a la langue d’abord. Je pense que c’est difficile de vivre en Corée si tu ne maîtrises pas un minimum la langue coréenne. Tu peux vivre quelque temps comme ça, mais au bout d’un moment, c’est sûr que tu vas vouloir rentrer. Si tu ne parles pas le coréen, toutes les démarches administratives, comme ouvrir une ligne téléphonique ou un compte en banque, c’est la misère…

C’est un challenge aussi de vivre dans un autre pays. Dans un pays où tu ne connais rien, où tu ne maitrises même pas la langue. Après quatre ans, j’arrive à me débrouiller en coréen, et j’arrive à vivre sans avoir besoin d’aide. Mais oui, au début, c’était la langue. C’est vrai aussi qu’il y a la question de la différence culturelle avec les Coréens. Ce n’est pas toujours facile de se faire des amis coréens. Puis au bout d’un certain temps, on commence à se sentir un peu seul. La famille est en France, les amis d’enfance aussi…

Aurais-tu des anecdotes à nous raconter ? Par exemple, un malentendu qui, au final, s’est bien terminé ?

Je n’ai pas vraiment d’anecdote super drôle à raconter. Mais quand je suis arrivé en Corée en tant qu’étudiant, je ne connaissais pas du tout le coréen et je suis parti en voyage comme ça, avec mon sac à dos. J’avais dans l’idée de faire de l’auto-stop. En fait, les Coréens ne pratiquent pas l’auto-stop, mais moi, je l’ai quand même fait. C’était amusant parce que lorsque j’étais complètement paumé, que je ne savais pas où aller, je demandais aux gens, comme ça, sans même parler coréen. Ils étaient tellement chaleureux. Ils m’aidaient, même si je ne comprenais rien à ce qu’ils me disaient, et qu’on ne se comprenait pas. On y arrivait quand même un peu grâce au langage corporel. Et j’ai de très bons souvenirs de ce voyage, parce que les gens m’ont tellement bien accueilli et aidé.

Un jour, j’étais perdu dans un petit village à la campagne, et je cherchais un jjimjilbang, un sauna pour passer la nuit. Sur la carte, je pensais que c’était à côté, mais en réalité, les distances n’étaient pas bien représentées, et c’était à 10 km de là. J’ai demandé à une grand-mère dans la rue : “jjimjilbang, jjimjilbang”. Elle me disait que c’était super loin, et qu’il fallait prendre le bus, et moi je ne comprenais rien, je lui demandais où c’était. Au final, elle m’a accompagné. Elle a pris le bus avec moi pendant environ 15 minutes. Elle m’a accompagné et au stop, elle m’a dit : “Tu descends ici”. Et elle m’a donné 10 000 wons pour payer le jjimjilbang ! J’ai trouvé ça génial, la grand-mère qui t’aide sans rien attendre en retour. C’est un très bon souvenir.

Qu’est-ce que tu apprécies en Corée du Sud ?

Beaucoup de choses. J’aime bien la nourriture, j’aime bien les gens, j’aime bien le fait qu’on se sente en sécurité. Les gens ne se rendent pas compte quand ils ont grandi ici, mais quand tu as grandi en banlieue dans le 95, en région parisienne, tu comprends la différence…

Est-ce que tu peux recommander à nos lecteurs des lieux que tu apprécies, des activités à faire, des restos, des cafés ?

Il y a vraiment beaucoup de choses à faire ici en Corée. Si tu veux vraiment expérimenter la culture coréenne, je te conseille de faire des choses que tu ne trouves pas en France, comme les jjimjilbang, les pc bang, ou bien aller jouer au billard. Il y a des salles de billards partout, avec deux types de jeux : le sagu, avec 4 balles, et le samgu, avec 3 balles. Ça ne se joue pas beaucoup en France. Je conseillerais donc d’apprendre le billard avec des Coréens, c’est assez marrant.

Côté nourriture, il y a pleins de choses à essayer aussi. Ce que je préfère, c’est le dalkgalbi. Tous les Français à qui j’ai fait goûter ce plat l’ont adoré.

plat coréen

Quels sont tes projets pour le futur ? Tu comptes rester ici encore longtemps, ou bien tu penses changer de travail ?

Je compte rester encore quelques années, j’aime beaucoup l’entreprise où je travaille en ce moment. J’apprends beaucoup. Je pense rester encore un peu, et après on verra. Pas encore de plan à long terme.


Il y a autant d’histoires différentes qu’il y a de personnes. J’espère que cette interview vous a plu, et qu’elle vous a fait découvrir de nouvelles facettes de la Corée, à travers l’expérience d’un expatrié français. Une fois de plus, je m’excuse auprès d’Anthony pour le retard dans la rédaction et la publication de cet article. Mille mercis Anthony !

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