Séoul s’admire volontiers d’en-haut. Comme elle est entourée de montagnes, les beaux points de vue sur la ville ne manquent pas. Mais nous ne sommes pas tous des randonneurs d’exception et les balades sur les hauteurs nécessitent souvent d’avoir un peu de souffle. Ce qui fait que certaines paraissent inaccessibles.

Il en est une pourtant qui est relativement facile. C’est celle qui relie les portes Hyewhamun et Heung’injimun via Naksan. Naksan, c’est la plus petite des quatre montagnes du centre de Séoul, elle culmine seulement à 124 mètres. C’est aussi un parc, que l’on compare souvent au Montmartre parisien. Non seulement la promenade est abordable, mais plus on grimpe, plus le panorama est enchanteur. C’est même magique pendant ce que l’on appelle l’heure bleue, juste avant qu’il ne fasse nuit noire. La fin de journée est personnellement le moment que je vous recommande pour initier la montée vers Naksan: vous aurez droit à un très beau spectacle nocturne.

Les remparts, un site historique gravé dans l’histoire de Séoul

Le mur qui entoure la capitale de Corée du Sud existe depuis plus de 600 ans. Sa construction a débuté à l’hiver 1394. À l’époque, c’est-à-dire pendant la dynastie Joseon, Séoul s’appelait encore Hanyang. C’est pourquoi ce que l’on appelle les « remparts de Séoul » (Seoul seonggwak) portent aussi le nom de « Hanyang Doseong ». Près de 200 000 personnes ont été mobilisées pour bâtir les 18,6 km de cet ouvrage défensif, gardien de la ville. Et comme tout mur d’enceinte, il a fallu également prévoir un certain nombre d’accès: il y a donc quatre grandes portes, placées aux différents points cardinaux, et quatre petites portes complémentaires. Comme vous pouvez le voir sur le plan ci-dessous, plus de 70% des remparts sont aujourd’hui restaurés. Une partie du mur ainsi que les deux portes situées à l’ouest ont malheureusement disparu au début du 20ème siècle, quand la ville a commencé à se moderniser et à s’agrandir.

@Seoul City Wall Guide Book

Les remparts servaient donc de points d’entrée et de sortie pour les habitants. Un couvre-feu avait même été mis en place: les cloches sonnaient 33 fois le matin pour l’ouverture des portes, et 28 fois le soir pour leur fermeture. Les remparts marquaient aussi la limite entre le monde des vivants et des défunts: les morts étaient inhumés à l’extérieur de la ville. Et ceci était valable que l’on soit un simple roturier ou un très grand roi.

Quand on regarde les remparts d’en-bas, on voit très bien par endroits les différentes strates. Cela s’explique par le développement des techniques de construction tout au long de la dynastie Joseon.

De Hyewhamun à Naksan

La station Hansung University sur la ligne 4 du métro vous amène au pied de la porte secondaire Hyewhamun. Il est possible d’accéder par l’arrière au pavillon de bois qui surplombe l’ouvrage en pierre, reconstruit en 1994, et admirer les deux phénix peints sur le plafond intérieur. Ensuite, pour monter le long des remparts, vous n’avez qu’à prendre les marches, non loin de là.

Tout au long du tracé, vous allez trouver trois « chemins secrets » (Ammun) qui vont vous permettre de passer de gauche à droite des remparts. Car la vue n’est évidemment pas tout à la fait la même selon le côté où l’on se trouve.

À gauche se trouve le village Jangsu, dit de la longévité. Cet ancien bidonville était promis à la démolition mais ses habitants, pour la plupart âgés, ont fait pression pour qu’il soit réhabilité. Jangsu fait partie, avec Iwha et Bukjeong, de ces quartiers aux allées étroites et aux vieux bâtiments, si typiques de l’après-guerre. Sans eux, Séoul ne serait pas tout à fait la même.

En prenant le premier « chemin secret », vous entrez à droite dans le Parc Naksan. Revenez sur vos pas, pour vous approcher des trois points d’observation, qui offrent de très belles vues sur la ville en contrebas, notamment le quartier étudiant de Daehangno.

Le point culminant des remparts est très prisé de nuit, car la vue y est des plus photogéniques.

Quand au joli pavillon Naksanjeong, il illumine le sommet de ses couleurs vives: Séoul est à vos pieds, et des millions de petits points lumineux scintillent dans la nuit…

De Naksan à Heung’injimun

La descente s’amorce doucement. On distingue à droite le village d’Iwha, célèbre pour ses peintures murales. En 2006, la ville a laissé libre cours aux artistes pour donner à ce quartier tombé en désuétude une allure fringante et joyeuse. Tout près des remparts, les restaurants et les cafés offrent de belles haltes, d’où l’on peut contempler le mont Namsan et sa célèbre tour.

En continuant à descendre, vous verrez sur la gauche le quartier ouvrier de Changsin-dong, dont les maisons cachent trois mille ateliers de production de vêtements destinés au marché Dongdaemun, tout proche. Avant de se transformer en centre du textile dans les années soixante, cette falaise escarpée était le lieu de résidence des dames de la cour à la retraite.

Sur la fin du parcours, le Dongdaemun Seonggwak Park abrite le récent musée des rempart de Séoul (Hanyang doseong bangmulgwan ), inauguré en 2014. Il retrace sur trois étages les 600 ans d’histoire de la muraille, à travers des expositions permanentes et temporaires.

@Seoul City Wall Museum

remparts de Naksan depuis Dongdaemun

Le début ou la fin de la promenade de Naksan, selon que l’on commence ou termine par le quartier de Dongdaemun @Miss Kim

La grande porte de l’Est, Heunginjimun, clôt en beauté cette agréable promenade sur les hauteurs de la ville. Le trésor national n°1 de Corée du Sud est une élégante structure en pierre en forme d’arche, surmontée d’un sublime pavillon en bois à deux étages. Elle fut construite en 1869 sous le règne du roi Gojong. De par son positionnement en bas de la colline, la porte était vulnérable aux attaques. Sa capacité défensive fut donc rehaussée par l’adjonction plus tardive d’une enceinte semi-circulaire, la seule de ce type à Séoul.

Pour vous y rendre

Vous pouvez randonner dans un sens ou bien dans l’autre, cela ne change rien au parcours bien sûr.

Depuis la porte Hyewhamun: Ligne 4 du métro: station Hansung University, sortie n°4 (3 minutes à pied), ou bien station Hyehwa, sortie n°1 (5 minutes à pied).

Depuis la porte Heunginjimun: Ligne 1 ou 4 du métro: station Dongdaemun, sortie n°6 ou 7 (1 minute à pied)

Il faut compter une heure pour faire les 2,1 km, mais évidemment cela ne tient pas compte des nombreux arrêts que vous ferez. Vous pouvez prolonger le chemin en continuant vers la porte annexe Gwanghuimun, qui se trouve au sud du Dongdaemun design plaza, il faudra alors ajouter une heure au compteur.

Partager :