Cheonggyecheon est un cours d’eau aménagé qui se trouve à proximité de lieux touristiques fréquentés de Séoul (Palais Deoksugung, Changdeokgung et Changgyeonggung, Seoul Plaza, Insadong, etc.). Il est difficile de ne pas apercevoir cette petite rivière qui coule d’est en ouest : sur près de 11 km, la promenade en contrebas est devenue depuis 2005 un lieu fort apprécié des habitants de la capitale et des touristes.

Un cours d’eau naturel

Affluent du fleuve Han, la rivière Gaecheon (l’ancien nom donné à Cheonggyecheon) a toujours coulé au cœur de Séoul. Elle connaissait des périodes de sécheresse au printemps et en automne, mais d’importantes inondations en été (période où les pluies sont abondantes en raison du temps chaud et humide). Les maisons et les boutiques installées le long du cours d’eau étaient souvent endommagées, sans compter qu’il y avait aussi de nombreuses victimes humaines. Sous le règne du roi Taejong (1367-1422), des grands travaux de drainage et de consolidation des berges ont été réalisés, et des ponts en pierre ont été construits pour améliorer la circulation. Mais la principale raison de ce cours d’eau restait de charrier les eaux usées et les déchets des habitants de la capitale.

La rivière Gaecheon (archives historiques) @DR

La rivière Gaecheon sur une ancienne carte et le pont en pierre Gwangtong (archives historiques) @DR

Le grand dragage de 1760

Au 17ème siècle, la population de Séoul est passée de 80 000 à 190 000 âmes. Non seulement il devenait difficile de gérer le flot des eaux usées, mais certains habitants avaient également pris l’habitude de cultiver leurs potagers sur les berges. Le bois récupéré dans les montagnes alentours pour se chauffer, la terre et le sable accumulés dans la rivière, tout cela bloquait presque totalement le courant de l’eau. En 1760, le roi Yeongjo divisa administrativement la rivière en huit parcelles et entrepris d’énormes travaux de dragage qui mobilisèrent plus de 200 000 hommes. Il restaura également tous les canaux des palais royaux de la capitale.

L’époque coloniale

Le nom de Cheonggyecheon (littéralement «ruisseau propre») a remplacé celui de Gaecheon à partir de 1914, lorsque les Japonais ont commencé à renommer les cours d’eau de Corée. Ces derniers voulaient également recouvrir la rivière, pour créer une zone habitable. Plus tard ils ont même imaginé une voie ferrée, puis une autoroute et enfin un métro. Mais le manque de moyens financiers eut raison de ces différents projets.

Maisons sur pilotis le long de la rivière Cheonggyecheon, entre 1910 et 1945.

Maisons sur pilotis le long de la rivière Cheonggyecheon, entre 1910 et 1945.

Quand le béton recouvre tout

Après le départ du gouvernement nippon, la rivière est redevenue un lieu particulièrement insalubre où s’entassaient à nouveau les déchets. Et pour survivre aux terribles conséquences de la guerre de Corée, les gens se sont réinstallés sur les berges, dans des habitations de fortune. Symbole de la terrible pauvreté qui sévissait dans les années cinquante et soixante, Cheonggyecheon défigurait le centre-ville et donnait de Séoul une terrible image. La solution mise en place par la municipalité fut donc radicale : tandis qu’une partie de la rivière était recouverte d’une grande chape de béton, le reste était surmonté par une autoroute de 5,6 km de long et 16 mètres de large. En 1971, toutes les maisons avaient été détruites pour laisser la place à des bâtiments modernes. Mais des échoppes en tous genres s’étaient à nouveau réinstallées sous la voie rapide, faisant de cet endroit un lieu certes animé, mais surtout terriblement bruyant.

Misère et pauvreté dans les années 60. @DR

Misère et pauvreté dans les années 60. @DR

La construction de l'autoroute et les nombreuses échoppes commerciales. @DR

La construction de l’autoroute et les nombreuses échoppes commerciales installées tout autour. @DR

Une prise de conscience écologique

Au début des années 2000, à la faveur des nombreuses initiatives en lien avec le développement durable, la municipalité de Séoul a souhaité inscrire son action dans un audacieux projet d’aménagement urbain respectueux de l’environnement et de la qualité de vie de ses habitants. Elle a décidé de détruire l’autoroute surélevée et de la remplacer par une route à deux voies de chaque côté des berges, puis de réaménager le cours d’eau en une promenade verte à l’écosystème préservé. Pari réussi pour ce chantier titanesque qui a notamment permis de réduire une partie de la pollution, de faire baisser la température de quelques degrés aux abords de la rivière et de multiplier par cinq la biodiversité végétale et animale. Sans compter qu’il s’agit désormais d’une des promenades les plus courues de la capitale!

Avant, pendant et après les travaux de restauration.

Avant, pendant et après les travaux de restauration.

Partir à la découverte de Cheonggyecheon

La meilleure façon de découvrir la promenade aménagée reste évidemment de la remonter à pied. Vous pouvez aussi vous joindre à l’un des deux parcours pédestres d’une durée de deux à trois heures qu’organise la ville de Séoul ou vous en inspirer.

  • Parcours n°1 (2,7 km) : au départ de la place Cheonggye, à côté de l’avenue Sejong-ro, vous continuez jusqu’au pont de pierre Gwangtong (site historique) puis au pont Samil (dont le nom commémore la résistance coréenne pendant l’occupation japonaise). Vous passez sous le pont Supyo, vestige datant de 1420, puis vous arrivez au pont Saebyeokdari, de construction récente. Vous êtes ici à proximité du marché Gwangjang, célèbre pour ses 200 étals de nourriture. C’est l’occasion de faire une pause gastronomique. Continuez ensuite vers le pont Ogansu, construit vers 1908 à la place d’un système de cinq vannes qui contrôlait le flux de la rivière. Vous terminez le parcours avec la visite du Dongdaemun Design Plaza (DDP), un complexe multifonctions achevé en 2011 et désormais une icône architecturale de la ville.
  • Parcours n°2 (1,7km) : il débute au musée Cheonggyecheon, construit en 2005 pour célébrer la réalisation du vaste projet d’aménagement de la rivière. De l’autre côté de la rue, vous verrez quelques vieilles maisons datant des années 50 et 60, telles qu’on les trouvait sur les berges du cours d’eau. Il est possible de les visiter. Là où la rivière se séparait en deux, la ville a désormais construit le pont Dumuldari (d’où son nom). Vous continuez sur le pont Gosanja, qui date également du 15ème siècle, et vous atteignez le pont Muhak. Muhak était le nom du moine bouddhiste qui accompagnait le fondateur de la dynastie Joseon alors à la recherche du meilleur emplacement pour fonder sa capitale. Plus loin, le pont Biuidang doit son nom à un dignitaire de la cour du roi Sejong, qui vivait non loin de là. Entre ces deux ponts, il y a deux attractions touristiques : les piliers de Jonchigyogak, vestiges de l’ancienne autoroute, et une fontaine qui propulse ses jets d’eau en forme d’arc, formant comme un tunnel pour ceux qui passent en-dessous (à faire l’été pour se rafraîchir). Le pont suivant est le pont Hwanghak (on aurait trouvé des crânes jaunes dans cette zone) et vous terminez la visite par le Seoul Folk Flea Market (Seoul pungmul shijang), un lieu idéal pour faire du shopping, rapporter des souvenirs à vos amis et s’y restaurer. Toutefois si vous décidez de continuez jusqu’au pont Yeongdo, vous serez à proximité du sanctuaire Dongmyo et à quelques pas du Seoul Art Space Sindang, qui regroupe une quarantaine d’ateliers d’artistes et de lieux d’exposition.

 

Partager :