On entre dans les villages traditionnels coréens avec toujours un peu d’appréhension. Entre la promesse d’un vrai retour dans le passé et la possible reconstitution en carton-pâte, on n’est jamais assuré de vivre complètement l’expérience tant attendue : celle du voyage dans un espace et un temps entièrement fantasmés, où l’on pourrait enfin toucher du doigt la « vraie culture coréenne », pour mieux se l’approprier peut-être. Pénétrer dans Hahoe ou Yangdong, les villages de Corée du Sud établis depuis 2010 sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité, participe un peu de cette crainte un peu fébrile. Et si j’étais déçu(e) par ce que j’allais découvrir ? J’avoue ne pas avoir encore visité Hahoe à l’heure où j’écris ces lignes, mais pour connaître Yangdong, je tiens à vous rassurer immédiatement : ce n’est pas pour rien que ces villages ont été mis à l’honneur par la vénérable institution onusienne. Pour ceux qui, le temps d’une longue promenade, aiment l’idée de se perdre dans des dédales de petites ruelles où chaque tournant apporte son lot d’inconnu, l’émotion est forcément au rendez-vous.

Hahoe et Yangdong, deux villages claniques

Il existe deux sortes de villages traditionnels en Corée du Sud : les villages dits claniques, qui regroupent des familles se réclamant d’un ancêtre commun, et les villages fortifiés, construits autour d’une forteresse. Hahoe, près d’Andong (prononcez ha-hwé), et Yangdong, à proximité de Gyeongju, font partie des premiers, contrairement à Naganeupseong, au sud de la péninsule, qui appartient à la deuxième catégorie. J’ai prévu de présenter Naganeupseong dans un prochain article et vous pourrez comprendre la subtile différence.

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Hahoe, à gauche, et Yangdong, à droite, sont parmi les villages traditionnels les mieux préservés de Corée du Sud. @Timber Tank / FlickR et @Myu-Ri

Les sites de Hahoe et Yangdong, dans la province de Gyeongsangbuk-do, sont donc considérés comme les villages claniques les plus représentatifs de Corée et les mieux conservés. L’un ou l’autre (plus rarement les deux, et d’ailleurs plus souvent le premier que le deuxième) sont inclus dans les circuits de visite des tour-opérateurs, et pour ceux qui choisissent de voyager en groupe, c’est une aubaine. Car pour les autres, qui ont prévu de planifier seuls leur voyage, c’est un peu casse-tête. Hahoe est perdu au centre de la péninsule coréenne et l’accès depuis Séoul se mérite : de 3h40 à plus de 5h selon votre budget et les moyens de transport que vous privilégierez ! Beaucoup sont ceux qui rejoignent Hahoe après un passage par Sokcho ou Gangneung, sur la côte est, mais les temps de trajet sont de toute manière quasiment identiques. Le village de Yangdong est plus facile d’accès en revanche, puisque situé à seulement 50 min de Gyeongju, ville elle-même située à 50 min de Busan. Que vous préfériez l’un ou l’autre, il faut en tous les cas envisager d’inclure l’un de ces villages historiques dans votre périple. Ils font partie des incontournables de la Corée du Sud et bénéficient d’une grande attention, aussi bien pour leur entretien que pour leur sauvegarde.

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Une maison au toit de tuiles parfaitement conservée (village de Yangdong). @Myu-Ri

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Le genévrier planté dans la cour de la résidence Seobaekdang à Yangdong a plus de 500 ans. @Myu-Ri

Les villages claniques sont représentatifs de la civilisation sud-coréenne de la période Joseon (1392-1910). Lorsque le néo-confucianisme s’est imposé dans les classes dirigeantes aux 16e et 17e siècles, et avec lui l’émergence d’un système patriarcal qui donnait la priorité à l’aîné des fils, les familles ont commencé à se regrouper en clans. Autour des grandes résidences des notables, les autres membres logeaient dans des maisons plus petites à charpente en bois, tandis que les plus humbles habitaient des petites maisons reconnaissables à leur toit de chaume. On trouvait également dans ces villages des pavillons, des salles d’étude et des académies confucéennes (en général éloignées de quelques kilomètres). Certains ont donné à la nation coréenne des personnages illustres : c’est le cas à Hahoe, qui vit naître Ryu Seong-Ryong, futur premier ministre du roi Seonjo. Dans tous les cas, de par leur construction, leur mode de fonctionnement et le respect de leurs traditions, ces sites ont été reconnus par l’UNESCO comme étant un reflet exceptionnel des systèmes culturels et sociaux de l’époque.

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Hahoe est un des lieux où il faisait bon vivre selon les lettrés de l’époque Joseon. Ici des « ajosshi » en costume d’époque se reposent sur les berges du village. @ Jordi Sanchez Teruel / FlickR

Des sites à la topographie bien étudiée

Nous avons déjà expliqué l’importance du pungsu (feng shui) dans la conception architecturale des hanok, les maisons traditionnelles coréennes. Des deux villages, Hahoe semble en être le plus représentatif, adossé d’un côté aux falaises Buyongdae et de l’autre à un affluent du fleuve Nakdong. Si vous avez le temps, grimpez sur Buyongdae pour un vue d’ensemble imprenable ! Le panorama qui s’offre à vous est parmi les plus célèbres de Corée du Sud. Au point où la rivière serpente, entre la plage de sable et le village, le bosquet des dix mille pins (Manseongjeon) a été planté au 16e siècle dans l’espoir de contrebalancer l’énergie des falaises et éviter les inondations. Il se prolonge par une allée de cerisiers qui forme comme une barrière imprenable, particulièrement jolie lors de la floraison printanière. Entre le village et la montagne, les rizières s’étalent à perte de vue.

@DR

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Les falaises Buyongdae vous offriront une vue imprenable sur le village d’Hahoe. Mais y grimper demande du temps ! @DR

Yangdong, comme enchâssé dans la vallée du mont Seolchang, possède lui-aussi un charme infini. Pour mieux en apprécier l’originalité, il faut prendre de la hauteur. Grimpez sur les collines pour admirer la beauté des demeures seigneuriales, dont beaucoup sont des trésors nationaux. Là encore, le village reflète parfaitement la société hiérarchisée de l’époque : les résidences des nobles se situent sur les hauteurs, tandis que les petites chaumières s’établissent en contrebas.

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J’ai pu visiter Yangdong à l’automne, lorsque les arbres colorent la montagne et les ginkgos tapissent le sol de leurs feuilles dorées. Et j’ai adoré me perdre dans ses sentiers boisés, légèrement mystérieux, tout en contemplant les magnifiques maisons traditionnelles toujours habitées de nos jours. Car la particularité de ces villages est d’être encore en activité. Ce ne sont en rien des vestiges. Et si vous évitez les week-ends et la foule des touristes, vous aurez la surprise de ressentir la quiétude que seule peut vous apporter une promenade en forêt ou à la campagne. Vous pouvez relire mon carnet de voyage de l’automne 2016 si vous voulez voir plus de photos.

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Les villages d’Hahoe et de Yangdong sont habités à l’année. Vous y trouverez des restaurants et des cafés, et vous pourrez même loger dans un hanok si vous le souhaitez. @Myu-Ri

Représentations masquées : les grands rituels chamaniques

Les villages de la région d’Andong, comme celui de Hahoe mais également de Byeongsan, perpétuent depuis plus de huit cents ans une tradition importante : le rite byeolsin-gut, destiné aux esprits gardiens des lieux. Il se compose généralement en deux temps : un rite confucéen à minuit le premier jour, et un rite chamanique à l’aube du deuxième. Il n’est pas spécifique à la région, mais ce qui en fait la particularité ici, c’est la présence des masques portés par les artistes et des danses sur fond d’accompagnement musical. Chacun des masques en bois représentent un personnage et un trait de caractère : le fou, la jeune épouse, le moine dépravé, l’étudiant, etc. Si l’on est attentif, et même sans parler coréen, on peut comprendre la personnalité et les émotions des personnages.

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Une représentation de la danse des masques au village Hahoe @Adam Nicholson / FlickR

Les danses exécutées (talnori) relèvent essentiellement de la satire sociale : il s’agissait à l’époque de dépeindre les relations conflictuelles entre la classe dominante (yangban) et les gens ordinaires (sangmin), en se moquant de l’avarice des dirigeants ou de la débauche des moines bouddhistes. Ces masques et ces danses folkloriques ritualisées font désormais partie des trésors de la culture coréenne. On peut assister presque toute l’année à des représentations. Si vous avez le temps, pensez à visiter le musée du masque de Hahoe pour en savoir plus sur cette tradition séculaire.

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Des copies des célèbres masques traditionnels de Hahoe sont en vente dans le village @Julles Facine / FlickR

Pour vous y rendre

  • Yangdong est accessible depuis le terminal des bus interurbains de Gyeongju par les bus 200 à 208, 212 et 217 (50 min de trajet en moyenne) ou en taxi (25 min, env. 24 000 wons, soit env. 18 euros). Si vous venez de la gare KTX, prenez le bus 203 (90 min de trajet) ou le taxi (40 min, env. 38 000 wons, soit env. 30 euros). Le village est ouvert de 9h00 à 19h00 d’avril à septembre et de 9h00 à 18h00 d’octobre à mars. L’entrée adulte est à 4000 wons (env. 3 euros), le tarif enfants à 1500 wons (env. 1,20 euro)
  • Hahoe est accessible par le bus n° 46 depuis la gare de Andong (1h35 de trajet) ou en taxi (40 min, env. 32 500 wons, soit env. 25 euros) Le village est ouvert de 9h00 à 19h00 d’avril à septembre et de 9h00 à 18h00 d’octobre à mars . À compter du 1er février 2018, l’entrée passe à 5000 wons par adulte (env. 3,80 euros) et 1500 wons pour les enfants (env. 1,20 euros), mais le musée des masques devient gratuit.
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