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L’histoire contemporaine de la Corée est douloureuse. L’établissement d’un protectorat japonais en 1905 a été suivi d’une longue période de colonisation, entre 1910 et 1945. Une époque caractérisée par les difficultés et les luttes, au prix de bien des sacrifices humains. Et un épisode tragique, marqué par le mouvement d’indépendance du 1er mars 1919 (samiljeol), que les Coréens commémorent chaque année.

En ce 1er mars 2019, il y aura donc tout juste cent ans que le peuple coréen se soulevait contre l’envahisseur nippon. Réunis dans le parc Tapgol à Séoul, des milliers de citoyens se réunissent à midi pour écouter la Déclaration d’indépendance lue par un jeune étudiant. Les représailles sont immédiates, mais le soulèvement gagne tout le pays. Les manifestations se succèdent, elles sont réprimées dans le sang. Dans tout le pays, la police arrêtent les activistes et les emprisonnent. La prison de Seodaemun, à Séoul, est bientôt pleine de détenus. Beaucoup seront exécutés. Malgré l’échec du soulèvement, il s’agit là d’un tournant décisif dans la lutte pour l’indépendance du pays. Une indépendance acquise définitivement en 1945.

Seodaemun a servi de prison d’état jusqu’en 1987. Désormais reconvertie en musée, elle est l’un des lieux de mémoire des luttes contemporaines coréennes. Partons à la découverte de ce lieu émouvant en ce jour très spécial pour les Coréens.

Une prison voulue par l’occupant japonais

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La porte d’entrée de la prison de Seodaemun, peu avenante…

La prison de Seodaemun a été construite en 1908, à la fin de l’Empire de Corée (1897-1910). Elle portait un autre nom à cette époque : la prison de Gyeongseong. Le pays était sous protectorat japonais depuis 1905, et le gouvernement nippon avait fait construire cet établissement pénitentiaire pour neutraliser les patriotes coréens qui se battaient pour regagner la souveraineté nationale.

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Une représentation en bois sculpté du drapeau coréen.

D’une superficie de 1 600 m², la prison de Seodaemun pouvait accueillir à l’origine 500 personnes. Puis elle n’a cessé de s’élargir pour recevoir toujours davantage de prisonniers, atteignant une capacité d’accueil de 23 500 prisonniers en 1943 !

Pendant près de 80 ans, cette bastille coréenne a donc servi à emprisonner tous les opposants au pouvoir en place : les activistes des mouvements d’indépendance sous l’occupation japonaise, bien sûr, mais aussi ceux des mouvements de démocratisation, des années plus tard. Nombreux sont ceux qui y ont été torturés ou tués.

La prison de Seodaemun n’était pas la seule maison d’arrêt du pays. Du nord au sud, on en comptait une trentaine. Mais Seodaemun était clairement la plus grande.

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L’emplacement des prisons de Corée du Sud en 1936.

Elle a fermé ses portes en 1987 et a rouvert en 1995 en tant que musée, le « Seodaemun Prison History Hall ». C’est désormais un site éducatif historique pour la liberté et la paix, ainsi qu’un lieu représentant la lutte pour l’indépendance et la démocratisation de la Corée. De nos jours, elle reçoit essentiellement des groupes scolaires et des familles coréennes. Les touristes étrangers sont peu nombreux, et pourtant, cette visite est très intéressante.

Visite au cœur de la prison de Seodaemun

Les différents bâtiments du site se visitent librement. Les murs de brique rouge sont typiques des constructions du début du 20e siècle, il s’agissait d’un matériau très utilisé alors.

Le hall principal d’exposition

La salle d’exposition du musée, en face de l’entrée.

C’est dans ce bâtiment de trois étages que sont décrites l’histoire de la prison et son évolution. Les mouvements d’indépendance sont replacés dans leur contexte : ainsi, par exemple, on montre quel type d’actions les Coréens menaient pour nuire aux intérêts japonais ; ou bien encore, on raconte comme s’est constitué le gouvernement provisoire coréen à Shanghai, en 1919.

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Reconstitution sous forme de maquette de la prison de Seodaemun à son apogée.

Vous pourrez voir des reconstitutions, à base d’objets, de maquettes et de mannequins. La salle des tortures, par exemple, raconte non seulement les conditions dans lesquelles les prisonniers étaient physiquement torturés, mais également la manière dont on leur infligeait d’effroyables tortures psychologiques.

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Des chaînes, bien lourdes à porter…

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Encore des chaînes en fer…

Les geôles

Sept bâtiments ont été préservés. C’est là qu’on en apprend davantage sur la vie quotidienne des prisonniers : leurs conditions de vie, leurs repas composés de haricots, de millet et de riz brun, leurs vêtements, ou encore les travaux de confection de textiles. Dans les cellules, de grands panneaux invitent à découvrir la vie des prisonniers les plus connus. 

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L’accès aux cellules, bien protégé.

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L’un des bâtiments où se trouvaient les cellules des prisonniers.

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Les uniformes des détenus, dont la couleur changeait selon la nature de la peine.

Une pièce aux tons blancs et roses impressionne tout particulièrement : dédiée aux victimes de Seodaemun, ses murs sont recouverts de plus 5 000 fiches d’identité. Des hommes et des femmes, tous jeunes pour la plupart, victimes des pires exactions commises dans la prison…

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Le mur des 5 000 prisonniers, très émouvant.

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Détail du mur des prisonniers, constitué de milliers de fiches identitaires avec photos.

La cour

La cour intérieure.

Dans la cour, très surveillée, il y a une construction étonnante : une salle d’exercice en forme de tiers de cercle. Cette configuration a été pensée pour amplifier les sons, afin d’éviter que les prisonniers ne se parlent. De quoi ajouter à la pression psychologique des détenus.

Sentences et condamnations

Tout au bout de la prison se trouve la salle d’exécution, un bâtiment en bois construit en 1923. Juste à côté, un passage étroit et secret permettait d’évacuer les corps à l’extérieur de la prison, et de les enterrer dans le cimetière public, tout proche. Inutile de dire que cet endroit cache une sombre et douloureuse réalité…

Des prisonniers célèbres

Dans un bâtiment à part de celui des hommes, construit en 1915, des femmes activistes ont également été emprisonnées. Ryu Gwan-sun est l’une des plus connues. Cette jeune étudiante de l’université féminine Ehwa était l’une des organisatrices des manifestations du 1er mars à Séoul, menant un cortège de plus de 2 000 personnes. Arrêtée et incarcérée, elle continue à combattre activement le pouvoir colonisateur, malgré les tortures et les périodes de confinement. Mais elle ne survivra pas longtemps à son calvaire : elle meurt à Seodaemun le 28 septembre 1920.

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Portrait de la jeune prisonnière Ryu Gwan-Sun.

La prison se situe dans le parc de l’Indépendance. D’autres monuments ont été érigés en l’honneur de ceux qui se sont battus pour leurs idéaux, comme celui des martyrs patriotes ou la statue de l’activiste Seo Jae-Pil. Le parc est donc à la fois un musée à ciel ouvert, un espace pédagogique et un lieu de recueillement.

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L’un des monuments en souvenir des prisonniers.

Pour vous y rendre

En coréen : 서대문형무소역사관 (seodaemun hyeongmuso yeoksagwan)

Adresse : 251, Tongil-ro, Seodaemun-gu, Seoul

Site Internet : Seodaemun Prison History Hall

Horaires : 9h30 – 18h de mars à octobre ; 9h30 – 17h00 de novembre à février. Comptez 1h30 de visite.

Jours de fermeture : tous les lundis. Également le 1er janvier, le jour de Seollal et de Chuseok. Si un jour férié tombe un lundi, le musée est fermé le mardi.

Tarifs : adultes, 3 000 wons (env. 2,40 euros) ; adolescents entre 13 et 18 ans, 1500 wons (env. 1,20 euro) ; enfants entre 7 et 12 ans, 1000 wons (env. 80 centimes). Gratuit pour les enfants de moins de 6 ans.

Transport : Ligne 3, station Dongnimmum, sortie n°5.

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