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Cette semaine, j’ai décidé de coller à l’actualité pour rédiger mon article. Et cette semaine, l’actualité, c’est la Francophonie. Le rapport avec la Corée du Sud, me direz-vous? Et bien je dois dire qu’il y a encore quelques mois je me posais la même question que vous, jusqu’à ce que… badabam! J’apprends au détour d’un tweet que la Corée du Sud fait désormais partie de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), en tant que membre observateur. C’était le 27 novembre dernier. Je ne sais pas pour vous mais moi j’avoue, je suis tombée des nues. La Corée du Sud, francophone? Depuis quand? Bon, oui, je sais qu’un bataillon français de l’ONU a guerroyé sur le territoire national pendant la guerre de Corée, et que nos relations sont depuis au beau fixe. Je sais aussi que pendant les heures sombres de la dictature, le Centre culturel français de Séoul (aujourd’hui Institut français) a été l’un des rares lieux épargnés par la censure et que les Coréens s’y précipitaient en nombre pour profiter de la cinémathèque. Mais est-ce suffisant pour faire entrer la Corée du Sud dans l’espace francophone? Sur le moment j’en ai douté. Et j’ai cherché à en savoir plus…

Si on essayait de comprendre ensemble?

D’abord la Francophonie, c’est quoi?

C’est vers 1880 que le terme francophonie est apparu pour la première fois, lorsqu’il a été employé par un géographe français pour désigner l’ensemble des personnes et des pays parlant notre langue. Avant la création de l’Agence de coopération culturelle et technique (ACCT) en 1970 – devenue depuis l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) – les échanges entre francophones se faisaient (et se font toujours) au travers d’associations professionnelles, de regroupements d’écrivains, de libraires, d’universitaires, de journalistes, de professeurs de français, etc. Aujourd’hui on estime à plus de 274 millions le nombre de locuteurs de français dans le monde, répartis dans 84 pays. Et si la francophonie avec un « f » minuscule s’applique aux locuteurs de français, la Francophonie avec un « F » majuscule qualifie le dispositif institutionnel qui organise les relations entre les pays francophones.

OIF et AUF

L’OIF, l’Organisation internationale de la Francophonie, c’est donc l’entité juridique qui représente les 84 États qui composent l’espace francophone (58 membres et 26 observateurs). Sa mission principale est de promouvoir la langue française et le dialogue culturel, ainsi que la prévention des conflits, la démocratie et les droits de l’Homme. Et pour la remplir, l’OIF s’appuie sur quatre opérateurs d’importance :

  1. L’agence universitaire de la Francophonie (AUF) : en soutenant la recherche et la formation en français par des programmes de coopération et des bourses d’aide à la mobilité, l’AUF permet aux établissements universitaires de se regrouper. D’ailleurs, depuis le 8 décembre 2016, l’université coréenne Ajou, qui se situe à Suwon, est membre associé de l’agence. Ce qui lui permet de participer à des projets de recherche de dimension internationale. Et grâce à son partenariat avec plus de trente universités francophones, elle accueille aussi chaque année plus de cinquante étudiants dans des programmes d’échange. Peut-être serez-vous le prochain ;-)?
  2. TV5Monde : on ne présente plus cette chaîne internationale de télévision, la bouffée d’oxygène des expatriés en mal de JT. Les programmes de TV5Monde sont sous-titrés en coréen, ce qui est un bon moyen de favoriser la compréhension interculturelle entre nos deux mondes;
  3. L’Association internationale des maires francophones (AIMF) : ou comment établir des liens entre les responsables politiques des différentes villes francophones, en échangeant autour des bonnes pratiques;
  4. L’Université Senghor d’Alexandrie : il s’agit d’une université internationale de langue française au service du développement africain.

Bref, adhérer à l’OIF, c’est l’occasion pour un pays de promouvoir ses intérêts économiques et politiques auprès d’autres pays et de diversifier ses partenariats.

La bibliothèque de l’Université d’Ajou, un soir de printemps.

Les enjeux de la Francophonie en Corée du Sud

Il y a un fort potentiel de coopération entre la Corée et le monde francophone. Saviez-vous que la Corée du Sud est le pays d’Extrême-Orient qui compte le plus d’apprenants de français? Ou encore que la création de la première école de langue française remonte à 1895?

Les domaines de coopération possibles sont nombreux : le partenariat universitaire et la mobilité étudiante (voir plus haut avec l’AUF); la coopération au développement; les relations économiques, notamment avec les pays d’Afrique francophone; les questions diplomatiques et de sécurité; les activités autour des sciences et le développement du programme spatial coréen; sans oublier la promotion du français dans la perspective des Jeux Olympiques d’hiver de 2018. Ce n’est pas anodin si le « Grand témoin pour la Francophonie » des prochains JO de Pyeongchang est Fleur Pellerin, notre ancienne ministre de la culture, née de parents coréens et adoptée en France dans les années 70. Et comme elle le dit elle-même, « Ce qui m’intéresse, c’est qu’il ne s’agit pas uniquement de contrôler, de vérifier le bon usage du français dans le cadre des JO, mais également de proposer des actions culturelles, de coopération universitaire, dans le domaine du débat des idées, en matière scientifique, ainsi que des événements pour promouvoir la diversité culturelle ».

Ainsi il ne faut pas s’étonner si un pays non francophone intègre la Francophonie. Car il s’agit avant tout de cultiver un sentiment d’appartenance et une communauté d’intérêts. De plus, même dans un pays dont le français n’est pas la langue première ou seconde, il existe des locuteurs francophones. Et c’est bien le cas en Corée.

La Francophonie coréenne en chiffres

Concrètement c’est quoi la Francophonie en Corée du Sud?

  • 40000 Coréens apprennent le français : 18000 élèves dans environ 135 établissements scolaires, 10 000 étudiants dans environ 50 départements universitaires et 12000 Coréens dans des centres de langues;
  • 3179 Coréens étudient en France (chiffres de 2015-2016), ce qui fait de la France le 7e pays d’accueil des étudiants coréens dans le monde. À l’inverse, environ 900 étudiants français étaient en mobilité en Corée du Sud;
  • 1 millions de Coréens sont locuteurs de français;
  • 1500 professeurs enseignent la langue de Molière;
  • 7 Alliances françaises réparties dans la péninsule : Séoul, Incheon, Daejeon, Jeonju, Daegu, Gwangju et Busan;
  • 2 lycées français : le Lycée français de Séoul et le Lycée international Xavier, tous deux situés dans la capitale ; et 2 écoles d’entreprises : l’École Mlf-Airbus à Sacheon, et le Centre scolaire français d’Okpo;
  • 12 ambassades réunies au sein d’un Conseil de promotion de la francophonie en Corée, représentant les pays suivants : Algérie, Cambodge, Canada, Côte d’Ivoire, Egypte, France, Gabon, Hongrie, Maroc, Roumanie, Suisse et Tunisie;
  • 1 fête de la francophonie organisée en Corée du Sud depuis dix ans, qui se tient cette année du 20 au 31 mars :  concerts, spectacles, expositions, projections de films, rencontres littéraires, concours éducatifs, événements gastronomiques, autour de la langue française et de la diversité culturelle des pays francophones;
  • 1 site web dédié : http://francophonie.or.kr/

Le village culturel Petite France (쁘띠프랑스), situé à Gapyeong dans la province de Gyeonggi-do.

Mais la francophonie, ce sont surtout des Coréens amoureux de la langue française. C’est grâce à eux si elle est si vivante en Corée du Sud et si elle est amenée à se développer dans les prochaines années. Alors merci à eux, tout simplement!

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