En ce moment, et jusqu’à la fin de la semaine, se tient le Festival des lanternes de Jinju. C’est une très jolie fête qui a lieu depuis le 16e siècle, dans une ville méridionale de la province de Gyeongsangnam-do. Nous y étions l’an dernier, pendant notre périple de quelques jours au sud de la Corée. Nous y avons fait étape, entre la ville de Suncheon et l’île de Geoje. Jinju est une ville de moyenne importance qui m’a fait une belle impression. Et son festival est charmant, surtout de nuit.

Jinju en quelques mots

La ville de Jinju existe au moins depuis le 4e siècle, lorsqu’elle était partie intégrante de la Confédération de Gaya, un regroupement de plusieurs petits États enclavé entre les royaumes de Baekje et Silla. Mais ce n’est qu’en 940 qu’elle a pris son nom actuel, et en 1896 qu’elle est devenue capitale de la province de Gyeongsangnam-do. Avant de se faire voler son titre par Busan, en 1925.

La ville, réputée pour sa culture et ses arts, est traversée par la rivière Namgang. Elle est surmontée d’un château-forteresse qui a fait l’objet d’une intense rénovation. Le site est riche de vestiges historiques d’importance, et il abrite également le musée national de Jinju. C’est aux abords du château, sous les remparts de la forteresse, que se tient le festival des lanternes.

Le site du festival, vu depuis les remparts du château. ©Myu-Ri

Des milliers de lanternes sur la rivière Namgang

En coréen, une lanterne se dit yudeung, et c’est ce qui donne son nom au festival : Jinju Namgang Yudeung. Les habitants de Jinju avaient pour tradition de faire flotter des lanternes pour favoriser la bonne santé de leurs proches. À la fin du 16e siècle, pendant la guerre d’Imjin, ils les utilisèrent pour barrer la route de l’envahisseur japonais : malgré leur infériorité en nombre, ils embrasèrent la rivière en utilisant des fusées de détresse et ces fameuses lanternes. C’est ainsi que les Japonais furent vaincus lors de la bataille de Jinjuseong, en 1592.

Depuis, le festival est aussi un hommage constant aux soldats qui se sont sacrifiés pour leur pays. Les Coréens sont très fiers de leurs victoires militaires et cette fête annuelle met à l’honneur un événement historique passé des plus glorieux. Nombreux sont les visiteurs à allumer des lanternes en mémoire des soldats, et chaque année, ce sont plus de 70 000 lumières qui sont délicatement posées sur les eaux calmes de la rivière, en contrebas de la forteresse.

Si vous achetez une lanterne (environ 3 000 wons), vous pourrez l’allumer et la déposer sur l’eau depuis cet embarcadère installé sur la rive opposée. ©Myu-Ri

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Le château de Jinju

Avec Miss Kim, nous sommes arrivées sur le site vers 15h30. Nous avons choisi de passer par l’entrée principale du château, côté ville (il y a une autre entrée qui longe la rivière, à l’est). L’année dernière, l’entrée était de 10 000 wons (environ 8 euros). Cette année, l’entrée est gratuite, mais certaines activités sont payantes, notamment le passage de l’un des ponts flottants (2 000 wons, 1,50 euros). Difficile de dire ce qu’il en sera l’année prochaine.

L’entrée principale de la forteresse de Jinju. ©Myu-Ri

Une fois passé la grande arche, on entre dans ce qui semble être un parc vallonné. On y trouve des portes, des murailles, des pavillons, des temples, des habitations, que sais-je encore. C’est un peu une ville dans la ville, mais c’est n’est pas non plus une citadelle. Si vous voulez en savoir plus sur ces structures militaires, le magazine Korea d’avril 2013 propose une lecture passionnante des forteresses de Corée du Sud.

La structure défensive du château de Jinju. ©Myu-Ri

Le ton est vite donné, avec une imposante statue, en hommage au général Kim Si-Min. Ce jeune homme, aide du magistrat de Jinju, pris la place de ce dernier, à sa mort en 1592. Quelques mois plus tard, 20 000 soldats japonais tentaient de prendre d’assaut la forteresse, mais il résista vaillamment pendant six jours, avec seulement 3 000 hommes à ses côtés. Une victoire éclatante, mais de courte durée. Frappé par une balle ennemie, il perdit la vie à l’âge de 39 ans. Et l’année suivante, Jinju tomba aux mains de l’envahisseur…

Grâce à son incroyable victoire, le général Kim Si-Min fut promu Premier Ministre à titre posthume. ©Myu-Ri

Triste fin, mais qu’à cela ne tienne, continuons notre visite en images ^^.

Yeongnam Pojeongsa, la porte de l’est. Des figurines en papier, disséminées dans tout le parc, reproduisent les personnages de l’époque et des scènes de la bataille de Jinjuseong. Elles seront éclairées à la nuit tombée. ©Myu-Ri

Une trentaine de monuments en pierre datant de l’époque Joseon, qui étaient autrefois éparpillés dans toute la forteresse, ont été rassemblés ici en 1973. ©Myu-Ri

Le pavillon situé au nord, Bukjangdae, servait au commandement militaire. ©Myu-Ri

Vue sur plusieurs bâtiments, en contrebas du pavillon Bukjangdae ©Myu-Ri

Toujours depuis Bukjangdae. ©Myu-Ri

Ce monument, Ssangchung-Sajeokbi, est un mémorial à la loyauté et au patriotisme de deux généraux pendant la guerre. © Myu-Ri

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Le musée national de Jinju

Le musée national de Jinju se trouve dans l’enceinte de la forteresse. Son architecture a été pensée de manière à s’intégrer au site, sans le dénaturer. Je vous conseille fortement de l’inclure parmi votre visite si vous vous intéressez à l’histoire du pays, et d’y consacrer une petite heure. L’entrée est gratuite. Outre ses collections de reliques du temps de la Confédération de Gaya, il revient en détail sur la guerre d’Imjin et les invasions de la fin du 16e siècle. Il est également possible de s’y restaurer, car il possède sa propre cafétéria.

La cour intérieure du musée national de Jinju est elle-aussi décorée de personnages et de lanternes. ©Myu-Ri

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Cette peinture représente une cérémonie d’adieu aux Ming chinois. Leur armée a contribué à l’effort de guerre pendant les invasions du 16e siècle. ©Myu-Ri

Il est temps désormais de quitter la forteresse et d’aller voir de plus près les installations sur la rivière Namgang. Pour passer d’une rive à l’autre, il est possible d’emprunter des ponts flottants. De même, vous n’avez pas à quitter le site pour vous restaurer, de nombreux stands de nourriture sont installés le long des rives.

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Même la chaîne de supérettes CU a son stand, bien achalandé en ramyeon ^^ © Myu-Ri

Si c’était à refaire, je crois que je resterais plus longtemps dans le parc, à attendre que la nuit tombe. Parce qu’une fois qu’on le quitte, et qu’on passe la rivière, on n’a pas forcément envie de revenir sur ses pas (ça en fait de la marche tout ça). Et donc, finalement, je n’ai pas profité des illuminations dans l’enceinte du château, alors que le spectacle de toutes ces poupées de papier qui font revivre la bataille de Jinjuseong doit être bien joli à regarder.

Le festival des lumière de Jinju, à la nuit tombée.

Nous avons atteint la rivière alors que le crépuscule pointait le bout de son nez. Les illuminations colorent tout doucement les remparts de la forteresse, et plus la nuit avance, plus le festival devient magique. C’est étonnant de penser que de simples lanternes de papier, même lorsqu’elles représentent des figurines « modernes » qui n’ont rien à voir avec la Corée du Sud (Cendrillon, la Tour Eiffel, etc.), sont à ce point capables de vous émerveiller. C’est vraiment ravissant.

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L’un des clous du spectacle : le tunnel, composé de plus de 35 000 lanternes, exprimant les vœux des habitants de Jinju. ©Myu-Ri

Cette visite vous a-t-elle plu ?

Si vous envisagez d’y aller un jour, sachez qu’il y a également un feu d’artifice, mais il n’est tiré que le premier soir. Le festival dure une dizaine de jours, et c’est une visite relativement facile à faire depuis Séoul ou Busan. Mais n’hésitez pas à rester plus longtemps dans la région. D’autres plaisirs sont possibles, comme observer le lac Jinyang, randonner dans le parc national de Chirisan, ou encore s’immerger dans les eaux thermales de Bugok.

Pour vous y rendre

En coréen : 진주 남강유등축제

Période : en général, les 15 premiers jours d’octobre

Adresse : 626, Namgang-ro, Jinju-si (경상남도 진주시 남강로 626)

Transports :

  • Depuis Séoul : prendre un bus depuis les terminaux Seoul Express, Seoul Nambu ou Dong Seoul (il y a des bus toutes les 20 à 30 min depuis les deux premiers, seuls 5 par jour depuis Dong Seoul). Comptez 4h de trajet, environ 20 000 wons (15 euros).
  • Depuis Busan : prendre un bus depuis le terminal Busan Seobu. Comptez 1h30 de trajet, 8 000 wons (6 euros).
  • À Jinju : 20 min de marche entre le terminal de bus interurbain de Jinju (Jinju Sioe bus terminal) et l’entrée principale de la forteresse. Le bus 271 vous y dépose également en 5 min (4 arrêts). Une navette gratuite est prévue les jours de festival.

Site Internet : www.yudeung.com (en coréen, anglais, chinois et japonais). À consulter pour connaître tout le programme et planifier au mieux votre venue.

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