Yajo

Ce week-end, la ville de Suwon accueille le Festival culturel de Hwaseong. Chaque année, au début de l’automne, les environs de la forteresse classée au patrimoine mondial de l’UNESCO sont le théâtre de trois jours pleins de spectacles et de réjouissances, en l’honneur du roi Jeongjo, qui l’érigea entre 1794 et 1796. C’est une grande fête que je rêvais de découvrir, et l’an dernier, j’ai séjourné à Suwon pendant tout le temps des festivités. Inutile de dire que je n’ai pas pu tout voir, tant il y a d’activités proposées. Comme j’en ai aussi profité pour faire le tour de la forteresse Hwaseong et de ses remparts, j’ai manqué quelques moments importants, mais j’ai passé trois jours fort agréables à me promener dans le centre historique et à assister à de nombreuses performances. Toutefois, il n’est peut-être pas nécessaire d’y rester aussi longtemps, et je vous explique ici pourquoi. En espérant que mon expérience vous sera utile si vous envisagez de vous y rendre.

La forteresse de Hwaseong en quelques mots

La forteresse a été construite par le roi Jeongjo, en hommage à son père, le prince héritier Sado. On sait de ce dernier qu’il souffrait de problèmes psychiques, en raison notamment d’une santé défaillante et des fréquentes humiliations de son père, le roi Yeongjo. Leurs relations étaient si tendues, que le roi fit exécuter son fils de la plus atroce des manières, en l’enfermant dans un coffre pendant huit jours et en le laissant mourir de faim. Cette terrible histoire est racontée par la propre épouse du prince Sado, Dame Hyegyeong, dans ses mémoires rédigées entre 1795 et 1805. Elle a fait l’objet également d’un film en 2015.

Remparts de Suwon

Les remparts nord de la forteresse de Suwon. ©Myu-Ri

Jeongjo, le fils du prince Sado, était très attaché à son père et il s’est rendu plus de douze fois sur sa tombe, près de Suwon. Il séjournait alors dans le palais temporaire Hwaseong Haenggung. Entre 1794 et 1796, il fit ériger les remparts extérieurs. Et en 1795, il organisa une gigantesque célébration pour les vingt ans de son règne et le soixantième anniversaire de sa mère. Ses différents pèlerinages, symboles de l’affection filiale, ont été l’occasion des plus grandes processions royales de la dynastie. Et c’est précisément cela qui fait l’objet d’une reconstitution à Suwon chaque année, au début de l’automne.

Les différents temps du festival culturel de Hwaseong

C’est en janvier 1963 que la forteresse de Suwon a été désignée « Site historique n°3 » par les autorités coréennes. Cette année, ce sera donc la 55e édition du festival. On imagine bien que les festivités d’aujourd’hui n’ont plus grand-chose à voir avec celles d’hier. Bien que je ne sache pas vraiment à quoi elles ressemblaient à l’époque, il est évident que le festival a pris de l’ampleur au fil du temps. Tout le centre historique est comme une grande salle de représentation en plein air, et les habitants de la ville sont largement mis à contribution.

Si je devais comparer à quelque chose que je connais, je dirais que cela me fait penser aux Médiévales de Provins. En mode plus « dilué » peut-être, car la forteresse de Suwon est immense. À Provins, il est presque impossible d’avancer dans les allées, tant il y a de monde. La moindre bousculade, et c’est la catastrophe assurée. Ce n’est pas le cas ici. Est-ce parce qu’il y a plus de place, ou parce qu’il y a moins de monde ? Je ne saurais dire. Mais même pendant les représentations les plus courues, j’ai toujours eu le sentiment de pouvoir respirer. Je le dis, parce que je ne suis sûrement pas la seule à être un peu agoraphobe.

La cloche de Yeomingak

Le festival dure trois jours, du vendredi au dimanche. En réalité, il commence dès le jeudi soir, à 19h30, avec une cérémonie d’une demi-heure qui consiste à faire sonner la cloche pour marquer le début des festivités. Je n’y ai pas assisté, alors je ne saurais qu’en dire, mais si cela vous intéresse, sachez que cela a lieu au niveau du beffroi Yeomingak, juste en face du palais Hwaseong Haenggung.

Cloche du beffroi Yeomingak

Le beffroi Yeomingak est superbe à la tombée de la nuit, lorsqu’il est illuminé. Le sonner de cloche marque officiellement le début des festivités. ©Myu-Ri

Cette courte cérémonie est suivie d’une performance musicale d’une heure, Nakseongyeong, qui célèbre l’achèvement de la forteresse. Elle a lieu dans Bongsudang, le bâtiment principal du palais. C’est ici qu’eut lieu le 60e anniversaire de la mère du roi Jeongjo.

pavillon Bongsudang

Le pavillon Bongsudang (ou Jangnamheon), où fut préparé le banquet en l’honneur de la reine mère. ©Myu-Ri

La cérémonie d’ouverture

Le vendredi soir, de 20h00 à 21h30, une grande fête a lieu sur la grand-place devant le palais. Je suis arrivée à Suwon le vendredi pour pouvoir y assister, car le programme indiquait « chants, danses, musiques et plaisir » pour que les citoyens et les touristes fêtent ensemble la thématique du festival, c’est-à-dire le « partage du plaisir du roi avec le peuple ». S’il y a eu une déception pendant ce festival, c’est bien cette cérémonie d’ouverture. Pourquoi ? Parce qu’en réalité, elle n’est accessible qu’aux spectateurs munis de billets. Encore fallait-il le savoir ! Ce n’est indiqué nulle part dans les dépliants, ni au centre d’information touristique. Je ne vous cache pas ma frustration, car même si la ville avait prévu des chaises et des écrans géants devant les grandes bâches qui entouraient les gradins, j’aurais préféré voir le spectacle « en vrai », d’autant que certaines représentations traditionnelles avaient l’air magnifique.

cérémonie d'ouverture du festival culturel de Suwon

Ce qu’on peut apercevoir de la cérémonie d’ouverture, si on n’a pas la chance d’avoir des tickets d’entrée… ©Myu-Ri

festival de suwon

Des illuminations dans la rue principale, à côté de la grande place du palais. ©Myu-Ri

L’arrière de la scène principale. ©Myu-Ri

Je ne suis donc pas restée très longtemps assise et j’ai décidé de visiter le palais Hwaseong Haenggung de nuit, puisqu’il était joliment illuminé.

Sinpungnu

Sinpungnu est la porte d’entrée principale du palais. Le roi y faisait distribuer du riz aux pauvres. ©Myu-Ri

Naknamheon

Naknamheon est un des bâtiments qui n’a pas été détruit par les forces coloniales japonaises. Il a servi d’hôpital et d’école, avant d’être restauré en 2003. ©Myu-Ri

palais Hwaseong Haenggung

Le mur arrière du palais, que j’ai pris beaucoup de plaisir à photographier. ©Myu-Ri

Mirohanjeong

Mirohanjeong est un petit pavillon de repos qui se trouve sur la colline derrière le palais. On dit que le roi aimait s’y reposer et admirer la vue, particulièrement belle à l’automne, quand les chrysanthèmes étaient fleuris. ©Myu-Ri

Mirohanjeong

Un détail du pavillon Mirohanjeong. ©Myu-Ri

palais Hwaseong Haenggung

La vue sur le palais depuis la colline à l’arrière. Les lumières du spectacle d’ouverture éclairaient joliment le ciel. ©Myu-Ri

Après être redescendue, je me suis dirigée vers le grand parking à droite du palais. Quelle ne fut pas ma surprise en voyant que cet espace servait d’immense lieu de restauration ! Donc si vous avez une petite faim, sachez que tout est prévu pour que vous ne mouriez pas d’inanition.

Un hangar géant pour se restaurer ©Myu-Ri

Il y avait un monde fou ! Les Coréens n’oublient jamais de manger ^^ ©Myu-Ri

La reconstitution de la parade du tombeau du roi Jeongjo

C’est un des moments les plus importants du festival, que j’ai plus ou moins manqué. Il faut dire que ce n’était pas si facile de comprendre le programme de ces trois jours. Dans la brochure en anglais récupérée au bureau touristique, il y avait tellement d’informations que je ne savais plus où donner de la tête. Je me suis focalisée sur les représentations qui étaient précédées d’une étoile, parce que c’était clairement les « immanquables ». Or, si la parade est bien mentionnée, rien n’indique qu’il s’agit d’un événement d’importance… Cette année, le programme est bien plus lisible (vous le trouverez en fin d’article).

Bref, la parade dure deux jours, le samedi et le dimanche. Et ce qui est très intéressant, c’est qu’elle est divisée en trois sections : Séoul, Anyang/Uiwang/Suwon, et Hwaseong. Cela signifie que si vous êtes à Séoul le samedi, vous pouvez la voir également, puisqu’elle fait le trajet suivant, entre 10h00 et 18h00 : palais Changdeokgung, porte Sungnyemun (ou Namdaemun), Seoul Station Plaza, Baedari, île artificielle Nodeul, Nodeul Pier Park, puis palais temporaire Siheung Haenggung. Pour les deux autres sections, vous trouverez toutes les informations sur le site dédié : www.kingjeongjo-parade.kr

La parade du roi Jeongjo est l’occasion de présenter, entre autres, des démonstrations d’art martial. ©Myu-Ri

La reconstitution du soixantième anniversaire de la reine mère

Cette reconstitution a lieu le samedi matin, de 10h30 à 12h00, dans la bâtiment principal du palais, Bongsudang. Les places assises sont limitées, pensez à venir tôt.

La cérémonie du 60e aniversaire de la reine mère est charmante, mais très codifiée. ©Myu-Ri

©Myu-Ri

Performances artistiques

Tout au long des deux journées de samedi et dimanche, et dans toute la ville, il y a de nombreuses performances artistiques et culturelles. J’ai vraiment apprécié la diversité de ce qui est proposé, car il y en a pour tous les goûts : on peut écouter des musiques traditionnelles (gayageum, samulnori), apprécier des spectacles de danse, écouter des chansons à la lumière des lanternes de papier, voir la danse du lion, expérimenter la médecine coréenne traditionnelle, etc. Mon conseil : entre deux « moments » importants, explorez la vieille ville, et arrêtez-vous quand bon vous semble, cinq minutes, plus si vous le voulez, juste pour voir et écouter les artistes du rue.

Gayageum

Le gayageum coréen est une cithare à 12 cordes. ©Myu-Ri

Samulnori

Le samulnori est un style musical qui utilise quatre types de percussions. ©Myu-Ri

Arirang

Cette jeune écolière chante Arirang, la plus populaire des chansons coréennes. ©Myu-Ri

Arirang

©Myu-Ri

©Myu-Ri

danse du lion

Une représentation exaltée de la danse du lion. ©Myu-Ri

lanternes de papier coréennes

Performance musicale en soirée, éclairée par les jolies lanternes traditionnelles en papier. ©Myu-Ri

Spectacle d’archerie

Si vous ne le savez pas encore, sachez que les archers coréens dominent la scène sportive internationale. Ils raflent en général toutes les médailles pendant les Jeux olympiques. L’usage militaire des arcs et des flèches en Corée remonte au 5e siècle avant notre ère, et a perduré jusqu’au 16e siècle ! Pas étonnant que l’un des moments forts du festival de Suwon soit la représentation donnée par les archers professionnels. Il faut savoir que la conception des arcs est telle que les tirs sont particulièrement longs et puissants. À cheval, c’est encore plus impressionnant. Ne manquez pas ce spectacle plein de suspense et d’humour, qui se tient devient Yeonmudae, l’ancien poste de commandement à l’est de la ville. Je me suis beaucoup amusée.

Changnyongmun

La porte Changnyongmun, près de laquelle se trouve le camp d’entraînement des archers. ©Myu-Ri

archerie au festival de Suwon

©Myu-Ri

Archerie au festival de Suwon

©Myu-Ri

Archerie au festival de Suwon

©Myu-Ri

Archerie au festival de Suwon

©Myu-Ri

Continuez la visite par l’espace consacré aux techniques de construction traditionnelles. Vous pouvez d’ailleurs en tester de toutes sortes.

©Myu-Ri

Le clou du spectacle : la cérémonie de clôture

Le plus beau moment selon moi. J’ai toujours dit que j’adorais le sens du spectacle des Coréens, et j’avoue qu’ils m’ont bluffé. En fait, je ne m’attendais pas à un son et lumière d’une telle envergure. Il y a sûrement d’aussi beaux spectacles ailleurs dans le monde. Mais c’était vraiment très réussi, très festif, surtout à la fin, quand spectateurs et acteurs se mêlent joyeusement sur la petite colline devant la porte Changnyongmun.

Le spectacle final est gratuit et ouvert à tous. Il dure une heure et demie, de 20h00 à 21h30. Je suis arrivée une heure avant, la foule était déjà immense. J’ai pu trouver une place pas trop éloignée de la scène, mais j’étais assise par terre et ce n’est pas très confortable. Je vous conseillerais d’arriver bien avant, je pense que toutes les places assises ne sont pas uniquement réservées aux porteurs de billets.

Yajo

« Yajo » est le nom du son et lumière qui clôture en beauté le festival culturel de Suwon. ©Myu-Ri

Yajo

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Yajo

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Yajo

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Yajo

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Yajo

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Yajo

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En redescendant vers le palais et mon hôtel, j’ai pu profiter des éclairages de nuit sur les remparts de la forteresse, ainsi que de ceux qui magnifiaient la petite rivière centrale, Suwoncheon.

Remparts de Suwon

Les remparts de Suwon, à la nuit tombée. ©Myu-Ri

Remparts de Suwon

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Suwoncheon

Suwoncheon. ©Myu-Ri

Suwoncheon

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Trois jours de festival, c’est tellement dense que je ne peux pas tout retranscrire ici. Mais j’espère vous avoir donné quelques pistes et que vous inclurez cette visite dans votre parcours, si vous venez en Corée du Sud au début de l’automne. N’hésitez pas à nous poser d’éventuelles questions en commentaire ou à partager votre expérience. Merci !

Pour préparer votre venue

En coréen : 수원화성문화제

Venir à Suwon depuis Séoul : ligne 1 du métro ou ligne Bundang. À la station « Suwon », prendre la sortie n°4. Un arrêt de bus se trouve juste devant l’hôtel Novotel Ambassador. Les lignes n°11 et 13 desservent l’arrêt Hwaseong Haenggung Palace.

Si vous ne deviez rester qu’un jour : le dimanche, sans hésiter. La plupart des activités ont lieu le samedi ou le dimanche, mais la présence d’un plus grand nombre de visiteurs rend la visite plus festive. La cérémonie de clôture est à ne manquer sous aucun prétexte (elle ne finit pas tard, vous pouvez facilement rentrer à Séoul en métro, comptez une heure).

Site Internet : http://www.swcf.or.kr/english/

Programme du 55e festival (4-6 octobre 2018)

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